chroniques
© ville de pau26 février 2009
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
La Place d'Espagne n'est pas la plus accueillante de Pau. S'y côtoient un poste de police, le Trésor public et l'Inspection Académique. Le coin manque sacrément de bistrots, de vrais bistrots, avec banquettes, percolateurs, journaux, des bistrots débarrassés de ces consoles de jeux dont les striduleries, les électroniques bruiteries nous lacèrent le pavillon. Dans un bistrot, les seuls sons vivants sont ceux qui s'échappent du bec à vapeur du percolateur, du caisson clair du babyfoot, ou du plancher en pente qu'arpente la boule du flipper.
Place d'Espagne, il y a donc le bureau des keufs. J'y fus convoqué un jour pour avoir secoué, façon Orangina, un quidam qui avait accusé, à tort, mon chien, Ugo du Val de Peyras, d'avoir uriné sur l'enjoliveur d'une bagnole qui n'était même pas la sienne... Ugo est un Labrador noir, un animal de compagnie, c'est-à-dire un animal auquel je tiens compagnie, et qui ronfle pendant que j'écris. Son ronflement n'est pas sans rappeler celui des avions d'autrefois, des coucous des aéroclubs qui passaient dans le ciel sans déranger dans leur sieste les nuages cotonneux. Le ronflement d'Ugo accentue la sensation de voyage que procure l'écriture. Ensemble nous patrouillons au-dessus des toits et des pics sans quitter, lui le canapé, moi mon clavier.
Place d'Espagne, il y a le Trésor public dont aucun de nous jamais ne vit la couleur. Le trésor public est un trésor dont nous sommes privés.
Place d'Espagne, il y a l'Inspection académique. Les jours fériés, une grille de fer en interdit l'accès, grille semblable à celles qui protègent des vols les bijouteries paloises. Mais pourquoi diable un cambrioleur, profitant d'un week-end prolongé, s'introduirait-il, à la façon de l'inoubliable Albert Spaggiari, dans les locaux de l'Inspection académique de Pau ? Il n'y a rien à voler, dans les locaux de l'Inspection académique de Pau, à moins de trouver, au fond d' un tiroir, la paie d'un maître d'école ou celle d'un professeur. Mais le salaire d'un enseignant, c'est une misère, une maigre poignée d'euros. Aucun vide-gousset sérieux, aucun braqueur honnête ne prendrait le risque de se retrouver en prison pour un si chiche sachet de sous. Rien ne justifie donc le maintien de cette sinistre grille sur la façade de l'Inspection académique. Virons-là, et la place d'Espagne nous semblera peut-être plus accueillante.
Christian Laborde
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