chroniques
© ville de pau26 janvier 2009
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Je me gare à l'arrache, rue Saint-François d'Assise. Elle est rectiligne, mais pas très large. Elle ne l'a jamais été, les riverains qui la percèrent au XIXème siècle lui ayant donné une largeur d'à peine dix mètres. Elle fut longtemps pauvre et négligée, la rue Saint-François d'Assise. A qui la faute ? A la mairie ! Au XIX, elle n'entretenait que les rues d'une largeur de... douze mètres.
Je me gare donc à l'arrache, rue Saint-François d'Assise, juste après la pharmacie qui fait l'angle. Je risque de bloquer la circulation, certes, mais j'ai grand besoin d'Aspirine (tamponnée effervescente 1000 mg), un début de mal de tête venant me torturer le sourcil gauche. Si je ne frappe pas tout de suite, ça passe du sourcil gauche au sourcil droit, s'empare du front et gagne toute la tête. Quand je ressors de la boutique avec, à la main, ma boite de 20 comprimés sécables, un énergumène, sa caisse bloquée par la mienne, s'impatiente, fulmine, me jette un regard plein de colère, rougeoie. Pourquoi se met-il dans cet état ? N'est-on pas, rue Saint-François d'Assise ? Je suis un mendiant, et lui demande, non de l'argent, mais juste un peu de temps.
Le mec ne décolère pas. Le feu passe au vert. Lui, reste rouge et, à côté de lui, on ne voit que du jaune. Il a en effet mis en évidence, sur le dossier avant, côté passager, l'horrible gilet jaune à bandes réfléchissantes dont nous avons été sommés de faire l'acquisition. Sans doute prévient-il de la sorte la police qu'il est en règle. N'afficherait-il pas surtout son manque de goût ? Déployer ce gilet sur le siège, n'est-ce pas transformer en effet sa bagnole personnelle, son petit royaume à roues, en véhicule utilitaire, en caisse ordinaire, en bagnole de la DDE.
Aurais-je une dent contre la DDE ? Oui, toutes les molaires ! Car j'attends toujours qu'elle supprime le rond-point qu'elle a osé bâtir sur la route du col d'Aubisque, à l'entrée de Gourette, rond-point qui tend à faire de la route d'Aubisque une route comme les autres. Ce qu'elle n'est pas. Demandez à Indurain !
La rue Saint-François d'Assise n'est pas bien large. C'est suffisant pour Saint-François, divin pauvre, merveilleux mendiant, poète en guenilles qui n'aurait voulu ni d'une avenue, ni d'un boulevard. Une petite rue, ça lui va. Mais, depuis qu'il est parti, rien ne va. Figurez-vous que le maire d'Assise, ville dans laquelle François passa sa vie à mendier et à louer la beauté de « sa soeur la lune » vient de signer un arrêté anti-mendicité. Cela ne scandalise personne, hormis mon ami, l'écrivain Sébastien Lapaque, lecteur de Bernanos et de Pasolini. Il publie, chez Stock, « Sermon de saint Françoise d'Assise aux oiseaux et aux fusées. » 90 pages, 12, 50 euros. Un régal. Du pur Lapaque.
Je remonte dans ma caisse. Dans la sienne, le mec rouge est de plus en plus rouge. A mon avis, la colère n'est pas la seule cause de son rougeoiement.
Christian Laborde
http://www.christianlaborde.com/
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